Leçon 6 — Monotonie et convergence

Limite d'une suite, théorèmes de convergence, suites bornées et monotones — les fondements de l'analyse

I. La notion de limite — définition rigoureuse

Intuitivement, une suite "converge" vers \(\ell\) si ses termes se rapprochent indéfiniment de \(\ell\) quand \(n\) grandit. La définition rigoureuse formalise cette idée avec la notion de voisinage \(\varepsilon\).

\(\lim_{n \to +\infty} u_n = \ell \;\iff\; \forall \varepsilon > 0,\; \exists N \in \mathbb{N},\; \forall n \geq N,\; |u_n - \ell| < \varepsilon\) Pour tout écart \(\varepsilon\) aussi petit soit-il, les termes finissent par rester à distance \(< \varepsilon\) de \(\ell\)

En langage clair : quel que soit l'intervalle ouvert \(]\ell - \varepsilon\,;\,\ell + \varepsilon[\) qu'on trace autour de \(\ell\), tous les termes à partir d'un certain rang \(N\) se trouvent dans cet intervalle. La limite est unique si elle existe.

🔍 Pourquoi cette définition avec \(\varepsilon\) ?

L'idée de "se rapprocher" est intuitive mais insuffisante. Par exemple, \(u_n = \sin(n)\) "oscille" sans vraiment s'approcher d'une valeur fixe. Et la suite \(u_n = 1 + \frac{1}{n}\) semble "approcher 1" — mais à quelle vitesse ?

La définition \(\varepsilon\)-\(N\) répond à ces questions avec précision : elle dit que la convergence est une propriété universelle — vraie pour tout \(\varepsilon > 0\), même \(\varepsilon = 10^{-100}\). Dès qu'on fixe la précision voulue, on peut trouver le rang à partir duquel tous les termes sont dans cette fenêtre. C'est la base de toute l'analyse.

mascotte Nerveux
Nerveux explique : Imagine la température de l'eau de la Mare aux Caïmans de Sabou au fil des saisons. En été, elle monte, en hivernage elle baisse, mais sur le long terme elle se stabilise autour d'une valeur "normale" — disons 28°C. Les petites fluctuations se font de plus en plus petites. "La limite est 28°C" signifie exactement : si tu veux que la température soit à moins de 0,1°C de 28, tu trouves une saison à partir de laquelle c'est toujours vrai. Si tu veux 0,01°C — tu trouves aussi. Si tu veux 0,001°C — encore. La limite, c'est une promesse valable pour toute précision exigée.
Converge\(\lim u_n = \ell \in \mathbb{R}\)
DivergePas de limite finie
\(+\infty\)\(u_n \to +\infty\)
OscillanteNi \(\ell\), ni \(\pm\infty\)

II. Limites des suites usuelles

SuiteLimiteConditionComportement
\(u_n = c\) (constante) \(\ell = c\) Toujours Triviale — déjà à la limite
\(u_n = q^n\) \(0\) \(|q| < 1\) Décroissance géométrique vers 0
\(u_n = q^n\) \(+\infty\) \(q > 1\) Croissance exponentielle
\(u_n = q^n\) Pas de limite \(q \leq -1\) Oscille ou diverge en alternant
\(u_n = \dfrac{1}{n^\alpha}\) \(0\) \(\alpha > 0\) Décroissance algébrique vers 0
\(u_n = n^\alpha\) \(+\infty\) \(\alpha > 0\) Croissance polynomiale
\(u_n = \dfrac{a_k n^k + \cdots}{b_k n^k + \cdots}\) \(\dfrac{a_k}{b_k}\) Même degré Rapport des coefficients dominants
Règle du terme dominant : Pour calculer la limite d'une fraction de polynômes en \(n\), on conserve uniquement le terme de plus haut degré au numérateur et au dénominateur, puis on simplifie. Par exemple : \[\lim_{n\to+\infty} \frac{3n^2 + 5n - 1}{2n^2 - n + 4} = \lim_{n\to+\infty} \frac{3n^2}{2n^2} = \frac{3}{2}\]

III. Théorèmes fondamentaux de convergence

Trois théorèmes constituent la boîte à outils principale pour prouver la convergence d'une suite sans nécessairement calculer sa limite explicitement.

Théorème 1 — Suite monotone bornée (TM B)

Toute suite croissante et majorée est convergente.

Toute suite décroissante et minorée est convergente.

Ce théorème garantit l'existence de la limite sans la calculer. C'est un des résultats les plus profonds de l'analyse réelle — il dit que \(\mathbb{R}\) est "complet".

Théorème 2 — Théorème des gendarmes (sandwich)

Si \(a_n \leq u_n \leq b_n\) pour tout \(n \geq N_0\), et si \(\lim a_n = \lim b_n = \ell\), alors \(\lim u_n = \ell\).

Utile quand on ne sait pas calculer \(\lim u_n\) directement, mais qu'on peut encadrer \(u_n\) par deux suites de même limite.

Théorème 3 — Suite convergente est bornée

Toute suite convergente est bornée.

La contraposée est très utile : si une suite est non bornée, alors elle est divergente.

📐 Preuve du Théorème 1 (cas croissant majoré)

Soit \((u_n)\) croissante et majorée par \(M\). L'ensemble \(\{u_n \mid n \in \mathbb{N}\}\) est non vide et majoré. Par la propriété de la borne supérieure dans \(\mathbb{R}\), cet ensemble admet une borne supérieure \(\ell = \sup\{u_n\}.\)

Montrons que \(u_n \to \ell\). Soit \(\varepsilon > 0\). Par définition de la borne supérieure, \(\ell - \varepsilon\) n'est pas un majorant, donc il existe \(N\) tel que \(u_N > \ell - \varepsilon\). Or \((u_n)\) est croissante, donc pour tout \(n \geq N\) :

\(\ell - \varepsilon < u_N \leq u_n \leq \ell\) (car \(\ell\) est majorant)

Donc \(|u_n - \ell| = \ell - u_n < \varepsilon\) pour tout \(n \geq N\). \(\square\)

IV. Étude de convergence par point fixe

Beaucoup de suites définies par récurrence \(u_{n+1} = f(u_n)\) convergent vers un point fixe de \(f\), c'est-à-dire une valeur \(\ell\) telle que \(f(\ell) = \ell\). Cette approche permet de trouver la limite avant même de prouver la convergence.

\[\text{Si } \lim_{n\to\infty} u_n = \ell \text{ et } u_{n+1} = f(u_n) \text{ avec } f \text{ continue, alors } \ell = f(\ell)\] Le point fixe est la solution de \(f(\ell) = \ell\) — on le trouve avant de prouver la convergence
  • Chercher les points fixes : résoudre \(f(\ell) = \ell\) pour identifier la limite candidate.
  • Montrer la monotonie : prouver que \((u_n)\) est croissante ou décroissante par la méthode de la différence.
  • Montrer qu'elle est bornée : trouver une borne adaptée (souvent un point fixe est aussi une borne).
  • Conclure : par le TMB, la suite converge. Identifier la limite parmi les points fixes.
  • V. Suites adjacentes

    Deux suites \((a_n)\) et \((b_n)\) sont dites adjacentes si elles vérifient simultanément trois conditions : l'une croît, l'autre décroît, et elles se rapprochent de plus en plus. Ce concept est fondamental pour approcher les nombres réels — notamment \(e\), \(\pi\) ou \(\sqrt{2}\) — par des suites calculables.

    Théorème des suites adjacentes

    Deux suites \((a_n)\) et \((b_n)\) sont adjacentes si :

    • \((a_n)\) est croissante
    • \((b_n)\) est décroissante
    • \(\lim_{n\to\infty}(b_n - a_n) = 0\)

    Alors \((a_n)\) et \((b_n)\) convergent toutes les deux vers la même limite \(\ell\), et pour tout \(n\) : \(a_n \leq \ell \leq b_n\).

    VI. Visualisation — convergence et non-convergence

    Suite convergente \(u_n = 1 + (1/2)^n\) \(\ell=1\) \(\ell+\varepsilon\) \(\ell-\varepsilon\) 0 1 2 3 4 5 N → tous dans la bande Suite divergente (oscillante) \(u_n = (-0.8)^n\) 0 1 2 3 4 5 6 axe des abscisses (\(y=0\))

    Gauche : suite convergente vers \(\ell = 1\) — les termes restent dans la bande \(\varepsilon\) à partir du rang \(N\).   Droite : suite oscillante divergente — elle ne reste dans aucune bande.

    VII. Exemples travaillés

    Exemple 1 — Calcul de limite par le terme dominant

    Calculer \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} \frac{4n^3 - 2n + 1}{n^3 + 5n^2}\).


    On factorise par \(n^3\) au numérateur et au dénominateur :

    \(\dfrac{4n^3 - 2n + 1}{n^3 + 5n^2} = \dfrac{n^3\left(4 - \frac{2}{n^2} + \frac{1}{n^3}\right)}{n^3\left(1 + \frac{5}{n}\right)} = \dfrac{4 - \frac{2}{n^2} + \frac{1}{n^3}}{1 + \frac{5}{n}}\)

    Quand \(n \to +\infty\), \(\frac{1}{n} \to 0\), \(\frac{1}{n^2} \to 0\), \(\frac{1}{n^3} \to 0\), donc :

    \(\lim_{n \to +\infty} \dfrac{4 - \frac{2}{n^2} + \frac{1}{n^3}}{1 + \frac{5}{n}} = \dfrac{4 - 0 + 0}{1 + 0} = 4\)

    \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} \frac{4n^3 - 2n + 1}{n^3 + 5n^2} = 4\)
    Exemple 2 — Théorème des gendarmes

    Montrer que \(u_n = \dfrac{\sin n}{n}\) converge et trouver sa limite.


    On sait que \(-1 \leq \sin n \leq 1\) pour tout \(n\). En divisant par \(n > 0\) :

    \(-\dfrac{1}{n} \leq \dfrac{\sin n}{n} \leq \dfrac{1}{n}\)

    Or \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} \left(-\dfrac{1}{n}\right) = 0\) et \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} \dfrac{1}{n} = 0\).

    Les deux suites encadrantes ont la même limite 0. Par le théorème des gendarmes :

    \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} \dfrac{\sin n}{n} = 0\)

    \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} \frac{\sin n}{n} = 0\)
    Exemple 3 — Convergence par le TMB et point fixe

    Soit \(u_0 = 0\) et \(u_{n+1} = \sqrt{u_n + 2}\). Montrer que \((u_n)\) converge et trouver sa limite.


    Étape 1 — Point fixe : Si \(u_n \to \ell\), alors \(\ell = \sqrt{\ell + 2}\), soit \(\ell^2 = \ell + 2\), soit \(\ell^2 - \ell - 2 = 0\).

    \((\ell - 2)(\ell + 1) = 0 \implies \ell = 2\) ou \(\ell = -1\)

    Comme \(u_n \geq 0\) pour tout \(n\), la limite ne peut être que \(\ell = 2\).


    Étape 2 — Montrons par récurrence que \(u_n \leq 2\) pour tout \(n\) :

    \(u_0 = 0 \leq 2\) ✓. Si \(u_n \leq 2\), alors \(u_{n+1} = \sqrt{u_n + 2} \leq \sqrt{2+2} = 2\) ✓.

    La suite est majorée par 2.


    Étape 3 — Montrons que \((u_n)\) est croissante :

    \(u_{n+1} - u_n = \sqrt{u_n + 2} - u_n\). Étudions le signe de \(\sqrt{x+2} - x\) pour \(x \in [0,2]\).

    \(\sqrt{x+2} \geq x \iff x+2 \geq x^2 \iff x^2 - x - 2 \leq 0 \iff (x-2)(x+1) \leq 0\)

    Ce qui est vrai pour \(x \in [-1, 2]\), donc en particulier pour \(u_n \in [0, 2]\) ✓.

    La suite est croissante.


    Conclusion : Par le TMB, \((u_n)\) converge. Sa limite est le seul point fixe compatible : \(\ell = 2\).

    La suite converge, \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty} u_n = 2\)

    VIII. Application concrète — Situations réelles ⭐

    ⭐ Situation concrète Niveau du barrage de Bagré — modèle de convergence

    Le niveau de l'eau au barrage de Bagré (en mètres) est modélisé chaque mois par la suite définie par \(u_0 = 4\) et :

    \(u_{n+1} = \dfrac{u_n}{2} + 3\)

    • a) Calculer \(u_1, u_2, u_3\). La suite semble-t-elle converger ?
    • b) Trouver le point fixe \(\ell\) de la relation de récurrence.
    • c) Montrer que la suite est bornée : \(4 \leq u_n \leq 6\) pour tout \(n\).
    • d) Montrer que la suite est monotone et conclure par le TMB.
    Exemple 4 — Barrage de Bagré

    a) Premiers termes :

    \(u_1 = \frac{4}{2}+3 = 5\)  ;  \(u_2 = \frac{5}{2}+3 = 5{,}5\)  ;  \(u_3 = \frac{5{,}5}{2}+3 = 5{,}75\)

    La suite semble croissante et se rapprocher de 6.


    b) Point fixe : \(\ell = \dfrac{\ell}{2} + 3 \implies \dfrac{\ell}{2} = 3 \implies \ell = 6\).


    c) Encadrement \(4 \leq u_n \leq 6\) par récurrence :

    Initialisation : \(u_0 = 4\) ✓ . Hérédité : si \(4 \leq u_n \leq 6\), alors :

    \(u_{n+1} = \frac{u_n}{2}+3 \geq \frac{4}{2}+3 = 5 \geq 4\) ✓    et    \(u_{n+1} \leq \frac{6}{2}+3 = 6\) ✓

    Donc \(4 \leq u_n \leq 6\) pour tout \(n\). La suite est bornée.


    d) Monotonie :

    \(u_{n+1} - u_n = \frac{u_n}{2}+3 - u_n = 3 - \frac{u_n}{2} = \frac{6 - u_n}{2}\)

    Or \(u_n \leq 6\) pour tout \(n\), donc \(6 - u_n \geq 0\), et \(u_{n+1} - u_n \geq 0\) : la suite est croissante.

    Par le TMB : croissante et majorée par 6 → convergente. La limite est le point fixe \(\ell = 6\) m.

    Le niveau converge vers 6 mètres — état d'équilibre du barrage.

    ✏️ Exercices d'application

    Exercice 1 — Calcul de limites

    Calculer les limites suivantes :

    • a) \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty} \frac{3n^2 - n + 2}{2n^2 + 5}\)
    • b) \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty} \frac{n^3 - 1}{n^2 + n}\)
    • c) \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty} \left(\frac{2}{3}\right)^n\)
    • d) \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty} \frac{\cos n}{n^2 + 1}\)
    a) Terme dominant \(3n^2 / 2n^2 = 3/2\).   \(\lim = \mathbf{3/2}\)

    b) Terme dominant \(n^3/n^2 = n \to +\infty\).   \(\lim = \mathbf{+\infty}\)

    c) \(|2/3| < 1\) → \(\lim = \mathbf{0}\)

    d) \(-1 \leq \cos n \leq 1\), donc \(\left|\frac{\cos n}{n^2+1}\right| \leq \frac{1}{n^2+1} \to 0\). Par les gendarmes : \(\lim = \mathbf{0}\)
    Exercice 2 — Convergence par le TMB

    Soit \(u_0 = 1\) et \(u_{n+1} = \dfrac{u_n + 3}{2}\).

    • a) Calculer \(u_1, u_2, u_3\). Conjecturer la limite.
    • b) Trouver le point fixe.
    • c) Montrer par récurrence que \(1 \leq u_n \leq 3\) pour tout \(n\).
    • d) Montrer que la suite est croissante. Conclure.
    a) \(u_1=2\), \(u_2=2{,}5\), \(u_3=2{,}75\). La suite semble croître vers 3.

    b) \(\ell = \frac{\ell+3}{2} \implies 2\ell = \ell+3 \implies \ell = 3\).

    c) \(u_0=1\) ✓. Si \(1 \leq u_n \leq 3\) : \(u_{n+1} = \frac{u_n+3}{2} \geq \frac{1+3}{2} = 2 \geq 1\) ✓ et \(u_{n+1} \leq \frac{3+3}{2} = 3\) ✓.

    d) \(u_{n+1} - u_n = \frac{u_n+3}{2} - u_n = \frac{3-u_n}{2} \geq 0\) car \(u_n \leq 3\). Croissante ✓.
    Par le TMB : croissante et majorée → converge vers \(\ell = \mathbf{3}\).
    Exercice 3 — Peuplement d'un lac au Burkina

    Un lac de la région des Cascades est peuplé avec des poissons. Chaque année, la population \(u_n\) (en milliers) évolue selon :

    \(u_{n+1} = 0{,}6\,u_n + 8\)

    avec \(u_0 = 5\) (milliers de poissons).

    • a) Calculer \(u_1, u_2, u_3\). La population croît-elle ?
    • b) Trouver l'état d'équilibre (point fixe). Interpréter biologiquement.
    • c) Montrer que \(5 \leq u_n \leq 20\) pour tout \(n\) et que la suite est croissante.
    • d) Conclure sur la convergence. Vers quelle population le lac tend-il à long terme ?
    a) \(u_1 = 0{,}6\times5+8 = 11\) ; \(u_2 = 0{,}6\times11+8 = 14{,}6\) ; \(u_3 = 0{,}6\times14{,}6+8 = 16{,}76\). Oui, la population croît.

    b) \(\ell = 0{,}6\ell+8 \implies 0{,}4\ell = 8 \implies \ell = 20\) milliers. C'est la capacité de charge du lac — la population qu'il peut soutenir durablement.

    c) \(u_0=5\) ✓. Si \(5 \leq u_n \leq 20\) :
    \(u_{n+1} = 0{,}6u_n+8 \geq 0{,}6\times5+8 = 11 \geq 5\) ✓    \(u_{n+1} \leq 0{,}6\times20+8 = 20\) ✓
    \(u_{n+1}-u_n = 0{,}6u_n+8-u_n = 8-0{,}4u_n = 0{,}4(20-u_n) \geq 0\) car \(u_n \leq 20\) ✓ → croissante.

    d) Croissante et majorée par 20 → converge. Limite = \(\ell = \mathbf{20\,000}\) poissons.
    Exercice 4 — Suites adjacentes et approximation de \(\sqrt{3}\)

    On définit \(a_n = \left(1 + \dfrac{1}{n}\right)^n\) et \(b_n = \left(1+\dfrac{1}{n}\right)^{n+1}\).

    • a) Calculer \(a_1, a_2, a_3\) et \(b_1, b_2, b_3\) (arrondir à 4 décimales).
    • b) Vérifier que \(b_n - a_n = \dfrac{1}{n}\left(1+\dfrac{1}{n}\right)^n \to 0\).
    • c) On admet que \((a_n)\) est croissante et \((b_n)\) décroissante. Conclure que \((a_n)\) et \((b_n)\) sont adjacentes. Vers quelle constante converge-t-on ?
    a) \(a_1=(1+1)^1=2\) ; \(a_2=(1{,}5)^2=2{,}25\) ; \(a_3=(4/3)^3\approx 2{,}3704\)
    \(b_1=(2)^2=4\) ; \(b_2=(1{,}5)^3=3{,}375\) ; \(b_3=(4/3)^4\approx 3{,}1605\)

    b) \(b_n - a_n = \left(1+\frac{1}{n}\right)^{n+1} - \left(1+\frac{1}{n}\right)^n = \left(1+\frac{1}{n}\right)^n \left[\left(1+\frac{1}{n}\right)-1\right] = \frac{1}{n}\left(1+\frac{1}{n}\right)^n\)
    Or \(\left(1+\frac{1}{n}\right)^n \to e \approx 2{,}718\) (fini), donc \(b_n-a_n \approx \frac{e}{n} \to 0\) ✓

    c) \((a_n)\) croissante, \((b_n)\) décroissante, \(b_n-a_n \to 0\) → suites adjacentes.
    Elles convergent toutes les deux vers le même réel : le nombre \(e \approx 2{,}71828\) (base des logarithmes naturels).
    Exercice 5 — Modèle d'épargne convergente à la BCEAO ⭐

    Un épargnant de Ouagadougou place chaque mois 10 000 FCFA sur un compte. Le compte rapporte 0,5 % d'intérêts par mois. On note \(C_n\) le capital après \(n\) mois. La récurrence est \(C_{n+1} = 1{,}005\,C_n + 10\,000\) avec \(C_0 = 0\).

    • a) Trouver le point fixe de la récurrence. A-t-il un sens économique ?
    • b) Montrer que \(v_n = C_n - \ell\) est une suite géométrique de raison \(1{,}005\). En déduire \(C_n\).
    • c) Calculer \(C_{12}\) (capital après 1 an) et \(C_{60}\) (après 5 ans).
    • d) La suite \((C_n)\) converge-t-elle ? Justifier.
    a) \(\ell = 1{,}005\ell + 10\,000 \implies -0{,}005\ell = 10\,000 \implies \ell = -2\,000\,000\).
    Ce point fixe est négatif — il n'a pas de sens comme capital, mais il est utilisé mathématiquement.

    b) \(v_n = C_n - \ell = C_n + 2\,000\,000\).
    \(v_{n+1} = C_{n+1}+2\,000\,000 = 1{,}005C_n+10\,000+2\,000\,000 = 1{,}005(C_n+2\,000\,000) = 1{,}005\,v_n\) ✓
    Suite géométrique de raison \(1{,}005\), \(v_0 = C_0+2\,000\,000 = 2\,000\,000\).
    \(v_n = 2\,000\,000 \times 1{,}005^n\)  →  \(C_n = 2\,000\,000(1{,}005^n-1)\)

    c) \(C_{12} = 2\,000\,000(1{,}005^{12}-1) \approx 2\,000\,000 \times 0{,}0617 \approx \mathbf{123\,400}\) FCFA
    \(C_{60} = 2\,000\,000(1{,}005^{60}-1) \approx 2\,000\,000 \times 0{,}3489 \approx \mathbf{697\,800}\) FCFA

    d) \(C_n = 2\,000\,000(1{,}005^n-1)\). Or \(1{,}005 > 1\), donc \(1{,}005^n \to +\infty\).
    La suite \((C_n)\) diverge vers \(+\infty\) — le capital croît indéfiniment, ce qui est cohérent : on continue d'épargner sans jamais arrêter.
    mascotte

    À retenir

    • Limite : \(\lim u_n = \ell\) signifie que pour tout \(\varepsilon > 0\), il existe \(N\) tel que \(|u_n - \ell| < \varepsilon\) pour tout \(n \geq N\).
    • TMB : toute suite croissante majorée (ou décroissante minorée) converge.
    • Gendarmes : si \(a_n \leq u_n \leq b_n\) et \(\lim a_n = \lim b_n = \ell\), alors \(\lim u_n = \ell\).
    • Suite convergente ⟹ suite bornée (la contraposée est utile pour prouver la divergence).
    • Point fixe : si \(u_{n+1} = f(u_n)\) converge vers \(\ell\), alors \(f(\ell) = \ell\).
    • Méthode : point fixe → borne → monotonie → TMB → identifier la limite.
    • Suites adjacentes : \((a_n)\) croissante, \((b_n)\) décroissante, \(b_n - a_n \to 0\) → même limite \(\ell\) avec \(a_n \leq \ell \leq b_n\).
    • \(q^n \to 0\) si \(|q| < 1\), \(q^n \to +\infty\) si \(q > 1\), pas de limite si \(q \leq -1\).

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