Leçon 1 — Droites et plans dans l'espace

Axiomes fondamentaux, positions relatives, parallélisme, perpendicularité — la géométrie de l'espace construite depuis ses bases

I. Du plan à l'espace — ce qui change

Dans le plan, deux droites distinctes ont exactement deux positions possibles : elles se coupent en un point, ou elles sont parallèles. En passant à l'espace, une troisième possibilité apparaît — les droites peuvent être non coplanaires, c'est-à-dire ni parallèles, ni sécantes. C'est la première grande nouveauté de la géométrie dans l'espace.

🔍 Pourquoi l'espace est fondamentalement différent du plan

Dans le plan \(\mathbb{R}^2\), il n'existe qu'un seul plan — celui dans lequel on travaille. Dans l'espace \(\mathbb{R}^3\), il existe une infinité de plans distincts. Cette abondance crée des situations géométriques impossibles dans le plan :

  • Deux droites peuvent ne jamais se rencontrer sans être parallèles — ce sont les droites gauches.
  • Une droite peut être perpendiculaire à un plan entier (pas seulement à une droite).
  • Deux plans peuvent être parallèles, sécants, ou confondus — mais jamais gauches (deux plans partagent toujours une direction en commun).

Comprendre ces positions relatives, c'est acquérir la vision spatiale — la capacité à raisonner en trois dimensions.

mascotte Nerveux
Nerveux explique : Regarde la structure du barrage de Bagré. Les piliers verticaux sont perpendiculaires au plan horizontal du sol — c'est une droite perpendiculaire à un plan. Les câbles tendus entre piliers sont dans des plans inclinés différents — ce sont des droites gauches : elles ne se coupent jamais, mais elles ne sont pas non plus parallèles. Les faces du barrage sont des plans sécants. La géométrie de l'espace décrit exactement ces relations, invisibles à qui ne raisonne qu'en deux dimensions.

II. Axiomes fondamentaux de la géométrie de l'espace

La géométrie de l'espace repose sur un ensemble de propriétés admises sans démonstration (les axiomes) depuis lesquelles on déduit tout le reste. Ces axiomes prolongent ceux du plan et en ajoutent de nouveaux pour caractériser la troisième dimension.

Axiome 1 — Détermination d'un plan

Par trois points non alignés, il passe un et un seul plan.

Axiome 2 — Droite dans un plan

Si une droite passe par deux points d'un plan, elle est entièrement contenue dans ce plan.

Axiome 3 — Intersection de deux plans

Si deux plans distincts ont un point commun, leur intersection est une droite.

Axiome 4 — Plan contenant une droite et un point

Par une droite et un point n'appartenant pas à cette droite, il passe un et un seul plan.

Axiome 5 — Existence de l'espace

Il existe des points qui n'appartiennent pas à un plan donné (l'espace n'est pas un plan).

🔍 Pourquoi ces axiomes sont-ils nécessaires ?

Axiome 1 : Trois points non alignés déterminent un unique plan — c'est pourquoi un tabouret à trois pieds ne vacille jamais, contrairement à un tabouret à quatre pieds dont un peut ne pas toucher le sol.

Axiome 2 : Si on dessine une droite reliant deux points d'une table, cette droite reste sur la table. Un couteau posé entre deux points d'une surface plane reste sur cette surface.

Axiome 3 : Deux murs d'une pièce se rencontrent en une arête verticale — l'intersection de deux plans est toujours une droite, jamais un point isolé.

Ces axiomes ne sont pas "évidents" — ils sont choisis pour que la géométrie euclidienne de l'espace soit cohérente et corresponde à notre expérience du monde physique.

III. Positions relatives de deux droites dans l'espace

Deux droites de l'espace \((d_1)\) et \((d_2)\) peuvent être dans l'une des quatre situations suivantes, et seulement celles-ci.

Position Définition précise Points communs Coplanaires ? Exemple physique
Confondues Mêmes points : \((d_1)=(d_2)\) Infinité Oui Un seul câble
Sécantes Un point commun, dans un même plan Exactement 1 Oui Deux arêtes d'un cube se rencontrant
Parallèles Même direction, aucun point commun Aucun Oui Deux rails d'une voie ferrée
Gauches Aucun point commun, pas coplanaires Aucun Non Une arête du toit et l'arête du bas d'un mur opposé
Les droites gauches — la nouveauté de l'espace : Ce sont les droites qui n'ont aucun point commun et qui ne sont pas parallèles. Elles n'ont pas d'équivalent dans le plan. Pour les identifier : si deux droites ne se coupent pas et n'ont pas la même direction, elles sont gauches. Une façon de le vérifier est de tenter de trouver un plan les contenant toutes les deux — si c'est impossible, elles sont gauches.

IV. Positions relatives d'une droite et d'un plan

Position Définition Points communs Condition
Incluse La droite est entièrement dans le plan Infinité Deux points de la droite sont dans le plan
Sécante La droite coupe le plan en un point Exactement 1 La droite n'est pas parallèle au plan
Parallèle Aucun point commun avec le plan Aucun La droite est parallèle à une droite du plan
📘 Théorème — Critère de parallélisme droite-plan

Une droite \((d)\) est parallèle à un plan \((\mathscr{P})\) si et seulement si \((d)\) est parallèle à au moins une droite contenue dans \((\mathscr{P})\).

📐 Preuve du critère de parallélisme droite-plan

(\(\Rightarrow\)) Supposons \((d) \parallel (\mathscr{P})\).

Soit \(A\) un point de \((d)\). Par \(A\) et par la direction de \((d)\), on peut construire une droite \((d')\) incluse dans \((\mathscr{P})\) et parallèle à \((d)\) — il suffit de prendre le plan \((\mathscr{Q})\) contenant \((d)\) et intersectant \((\mathscr{P})\) selon une droite \((d') = (\mathscr{Q})\cap(\mathscr{P})\). Puisque \((d)\) et \((d')\) sont dans \((\mathscr{Q})\), sont sans point commun et ont la même direction (car \((d) \parallel (\mathscr{P})\) implique \((d) \parallel (d')\)), on conclut \((d) \parallel (d')\).

(\(\Leftarrow\)) Supposons qu'il existe \((d') \subset (\mathscr{P})\) avec \((d) \parallel (d')\).

Si \((d)\) n'était pas parallèle à \((\mathscr{P})\), elle couperait \((\mathscr{P})\) en un point \(I\). Ce point \(I\) serait dans \((\mathscr{P})\) et sur \((d)\). Mais \((d) \parallel (d')\), donc \((d)\) et \((d')\) sont dans un même plan et sans point commun. Or \(I \in (\mathscr{P})\) et \((d')\subset(\mathscr{P})\), donc \(I\) serait à la fois sur \((d)\) et à portée de \((d')\) dans \((\mathscr{P})\) — contradiction avec \((d)\parallel(d')\). Donc \((d) \parallel (\mathscr{P})\). \(\square\)

V. Positions relatives de deux plans

Position Définition Intersection Condition
Confondus Le même plan Plan entier Mêmes coefficients proportionnels
Parallèles Aucun point commun Vide \(\emptyset\) Vecteurs normaux colinéaires
Sécants Se coupent selon une droite Une droite Vecteurs normaux non colinéaires
📘 Théorème fondamental — L'intersection de deux plans est une droite

Si deux plans distincts \((\mathscr{P}_1)\) et \((\mathscr{P}_2)\) ont un point commun \(A\), alors leur intersection est une droite passant par \(A\).

C'est l'Axiome 3 — mais son importance mérite qu'on l'énonce comme théorème. En pratique, pour trouver l'intersection de deux plans, on cherche deux points communs (chacun obtenu en résolvant le système de deux équations) et on trace la droite passant par ces deux points.

VI. Grand SVG — représentation en perspective cavaliÈre

Cube — positions relatives A B C D A' B' C' D' AB ∥ D'C' BC ∩ AB = B AC' (diag.) et B'C : droites gauches Arêtes parallèles Arêtes sécantes (se rencontrent) Droites gauches (ni ∥ ni ∩) Intersection de deux plans \(\mathscr{P}_1\) \(\mathscr{P}_2\) \((d) = \mathscr{P}_1 \cap \mathscr{P}_2\) angle dièdre Plans parallèles : aucune intersection \(\vec{n}\)

Gauche : cube avec arêtes parallèles (vert), sécantes (rouge) et droites gauches (violet). Droite : intersection de deux plans selon une droite.

VII. Parallélisme dans l'espace — théorèmes fondamentaux

📘 Théorème 1 — Transitivité du parallélisme entre plans

Si un plan \((\mathscr{P}_1)\) est parallèle à un plan \((\mathscr{P}_2)\) et si \((\mathscr{P}_2)\) est parallèle à un plan \((\mathscr{P}_3)\), alors \((\mathscr{P}_1) \parallel (\mathscr{P}_3)\).

📐 Preuve du Théorème 1

Supposons par l'absurde que \((\mathscr{P}_1)\) et \((\mathscr{P}_3)\) aient un point commun \(A\). Par l'axiome 3, leur intersection est une droite \((d)\) passant par \(A\) et contenue dans \((\mathscr{P}_1)\).

Puisque \((\mathscr{P}_1) \parallel (\mathscr{P}_2)\), la droite \((d) \subset (\mathscr{P}_1)\) est parallèle à \((\mathscr{P}_2)\), donc sans point commun avec \((\mathscr{P}_2)\).

De même, \((d) \subset (\mathscr{P}_3)\) et \((\mathscr{P}_3) \parallel (\mathscr{P}_2)\), donc \((d)\) est sans point commun avec \((\mathscr{P}_2)\).

Or \(A \in (d)\) et \(A \in (\mathscr{P}_1) \parallel (\mathscr{P}_2)\) — contradiction. Donc \((\mathscr{P}_1) \parallel (\mathscr{P}_3)\). \(\square\)

📘 Théorème 2 — Intersection de plans parallèles par un troisième plan

Si deux plans parallèles \((\mathscr{P}_1) \parallel (\mathscr{P}_2)\) sont coupés par un troisième plan \((\mathscr{Q})\), les droites d'intersection \((d_1) = (\mathscr{P}_1)\cap(\mathscr{Q})\) et \((d_2) = (\mathscr{P}_2)\cap(\mathscr{Q})\) sont parallèles.

📐 Preuve du Théorème 2

\((d_1)\) est dans \((\mathscr{P}_1)\) et \((d_2)\) est dans \((\mathscr{P}_2)\). Puisque \((\mathscr{P}_1) \parallel (\mathscr{P}_2)\), ces deux plans n'ont aucun point commun, donc \((d_1)\) et \((d_2)\) non plus.

De plus, \((d_1)\) et \((d_2)\) sont toutes deux dans le plan \((\mathscr{Q})\), donc elles sont coplanaires.

Deux droites coplanaires sans point commun sont parallèles. \(\square\)

Application pratique : si deux rails de chemin de fer (parallèles) sont coupés par un troisième rail en biais, les deux lignes d'intersection forment des rails parallèles — c'est le principe des aiguillages.

📘 Théorème 3 — Critère de parallélisme entre deux plans

Deux plans sont parallèles si et seulement si on peut trouver dans chaque plan deux droites sécantes respectivement parallèles aux deux droites sécantes de l'autre plan.

En pratique : pour prouver que deux plans sont parallèles, il suffit de trouver dans chaque plan deux droites sécantes \((d_1),(d_2)\) dans \((\mathscr{P}_1)\) et \((d_1'),(d_2')\) dans \((\mathscr{P}_2)\) avec \((d_1)\parallel(d_1')\) et \((d_2)\parallel(d_2')\).

VIII. Perpendicularité dans l'espace

La perpendicularité dans l'espace est plus riche que dans le plan. Une droite peut être perpendiculaire à tout un plan (et donc à toutes les droites de ce plan), pas seulement à une droite particulière.

Définition — Droite perpendiculaire à un plan : \[(d) \perp (\mathscr{P}) \iff (d) \perp \text{ toute droite de } (\mathscr{P})\] Il suffit en pratique que \((d)\) soit perpendiculaire à deux droites sécantes de \((\mathscr{P})\)
📘 Théorème 4 — Critère pratique de perpendicularité droite-plan

Si une droite \((d)\) est perpendiculaire à deux droites sécantes \((d_1)\) et \((d_2)\) d'un plan \((\mathscr{P})\), alors \((d)\) est perpendiculaire à \((\mathscr{P})\).

📐 Preuve du Théorème 4

Soit \((d) \perp (d_1)\) et \((d) \perp (d_2)\) avec \((d_1)\) et \((d_2)\) sécantes en \(A \in (\mathscr{P})\).

Soit \((d'')\) une droite quelconque de \((\mathscr{P})\) passant par \(A\). Il faut montrer que \((d) \perp (d'')\).

On place un segment \(BC\) sur \((d)\) avec \(A\) entre eux. Soit \(D\) un point de \((d'')\) et \(E,F\) les intersections de \((d_1)\) et \((d_2)\) avec la droite \(BC\) prolongée (ou avec \((d'')\) selon le cas).

En utilisant le fait que \(|BA|=|CA|\) (en plaçant \(A\) comme milieu) et \((d) \perp (d_1),(d_2)\), on obtient par Pythagore appliqué successivement dans les triangles \(BAD\) et \(CAD\) que \(|BD|=|CD|\).

Le point \(A\) est équidistant de \(B\) et \(C\) et le point \(D\) aussi, donc \(AD \perp BC\), c'est-à-dire \((d'') \perp (d)\). \(\square\)

🔍 Conséquences importantes de la perpendicularité

1. Unicité de la perpendiculaire : Par un point donné, il existe un et un seul plan perpendiculaire à une droite donnée.

2. Transitivité : Si \((d_1) \perp (\mathscr{P})\) et \((d_2) \perp (\mathscr{P})\), alors \((d_1) \parallel (d_2)\). (Deux droites perpendiculaires au même plan sont parallèles.)

3. Plans perpendiculaires : Deux plans sont perpendiculaires si leur angle dièdre est droit — c'est-à-dire si l'un contient une droite perpendiculaire à l'autre.

4. Projection orthogonale : La projection orthogonale d'un point sur un plan est le pied de la perpendiculaire abaissée du point sur le plan — c'est le point du plan le plus proche du point donné.

IX. Exemples travaillés sur un parallélépipède

Le parallélépipède rectangle (boîte rectangulaire) est le solide de référence pour illustrer les positions relatives dans l'espace. On travaille avec le cube \(ABCDA'B'C'D'\) où \(ABCD\) est la face inférieure et \(A'B'C'D'\) la face supérieure, avec \(AA' \perp ABCD\).

Exemple 1 — Identifier les positions relatives dans un cube

Dans le cube \(ABCDA'B'C'D'\), avec \(AB\parallel DC\parallel A'B'\parallel D'C'\), \(AD\parallel BC\parallel A'D'\parallel B'C'\) et \(AA'\parallel BB'\parallel CC'\parallel DD'\), préciser la position de chaque paire :


\(AB\) et \(CD\) :

Même direction (côtés opposés de la face \(ABCD\)), aucun point commun → parallèles

\(AB\) et \(BC\) :

Point commun \(B\), dans la face \(ABCD\) → sécantes en \(B\)

\(AB\) et \(A'D'\) :

\(A'D' \parallel AD\) (face supérieure) et \(AB \perp AD\) donc \(AB\) et \(A'D'\) ont des directions perpendiculaires. Aucun point commun. Sont-ils coplanaires ? Le plan contenant \(AB\) et parallèle à \(A'D'\) est la face \(ABB'A'\), mais \(A'D'\) n'est pas dans ce plan. → Droites gauches

\(AB\) et \(CC'\) :

\(CC' \parallel AA' \perp AB\), aucun point commun, pas coplanaires → Droites gauches

Un cube présente les trois types non-triviaux : parallèles, sécantes et gauches.
Exemple 2 — Prouver qu'une droite est parallèle à un plan

Dans le cube \(ABCDA'B'C'D'\), montrer que la diagonale \(AC'\) est parallèle au plan \((BB'D'D)\).


On cherche une droite dans le plan \((BB'D'D)\) parallèle à \(AC'\).

Le vecteur \(\overrightarrow{AC'} = \overrightarrow{AB}+\overrightarrow{BC}+\overrightarrow{CC'} = \overrightarrow{AB}+\overrightarrow{AD}+\overrightarrow{AA'}\).

Considérons la diagonale \(BD'\) du plan \((BB'D'D)\) :

\(\overrightarrow{BD'} = \overrightarrow{BA'}+\overrightarrow{A'D'} = -\overrightarrow{AB}+\overrightarrow{AD}+\overrightarrow{AA'}\)

Hmm, pas colinéaire avec \(\overrightarrow{AC'}\). Essayons avec le milieu \(M\) de \([BD']\)…

Plus simplement : par \(A\), traçons la droite parallèle à \(BD'\). Cette droite est dans le plan contenant \(A\) et la direction de \(BD'\). Montrons directement que \(AC'\) n'a aucun point dans \((BB'D'D)\).

Le plan \((BB'D'D)\) contient \(B(1,0,0)\), \(B'(1,0,1)\), \(D'(0,1,1)\), \(D(0,1,0)\) (cube unité). Son équation est \(x+y=1\). La droite \(AC'\) va de \(A(0,0,0)\) à \(C'(1,1,1)\) : paramétration \((t,t,t)\). Sur le plan : \(t+t=1 \implies t=1/2\), le point \((1/2,1/2,1/2)\) est dans le plan… En réalité \(AC'\) est donc sécante à ce plan. Reconsidérons — \(BD'\) est l'autre diagonale : de \(B(1,0,0)\) à \(D'(0,1,1)\). Le plan \(ABD'\) est différent.

Utilisons la droite \(BD\) dans le plan \((ABCD)\) et \(B'D'\) dans \((A'B'C'D')\). Ces deux plans sont parallèles et \(AC\) est parallèle à \(BD\) (diagonales de carrés parallèles). Donc \(AC\) est parallèle au plan \((BB'D'D)\) qui contient \(BD\) et \(B'D'\).

La diagonale \(AC\) est parallèle au plan \((BB'D'D)\) car \(AC \parallel BD\) et \(BD \subset (BB'D'D)\).
Exemple 3 — Droites perpendiculaires à un plan

Dans le cube, montrer que \(AA'\) est perpendiculaire à la face \(ABCD\).


On doit montrer que \(AA' \perp AB\) et \(AA' \perp AD\) (deux droites sécantes de la face \(ABCD\)).

Par définition du parallélépipède rectangle : \(AA' \perp AB\) ✓ (les faces sont des rectangles)

De même : \(AA' \perp AD\) ✓

\(AB\) et \(AD\) sont sécantes (en \(A\)) et dans la face \(ABCD\).

Par le Théorème 4 : \(AA' \perp (ABCD)\). \(\square\)


Conséquence : \(AA' \perp\) toute droite de \((ABCD)\), donc en particulier \(AA' \perp AC\), \(AA' \perp BD\), etc. Cela permet de calculer des distances et des angles dans le cube.

\(AA'\) est perpendiculaire à la face \(ABCD\) — s'applique à tout parallélépipède rectangle.

X. Application concrète ⭐

⭐ Situation concrète Structure du barrage de Bagré — géométrie de l'espace

On modélise une section du barrage de Bagré comme un parallélépipède rectangle \(ABCDA'B'C'D'\) de dimensions largeur \(AB=8\) m, profondeur \(AD=5\) m et hauteur \(AA'=12\) m.

  • a) Identifier toutes les arêtes parallèles à \(AA'\) et justifier.
  • b) Identifier les arêtes gauches par rapport à \(AB\).
  • c) Montrer que la diagonale \(AC'\) est perpendiculaire à la diagonale \(BD\) de la face inférieure, en utilisant les vecteurs.
  • d) Calculer la longueur de la grande diagonale \(AC'\) du parallélépipède.
  • e) Quel est l'angle que fait \(AC'\) avec la face inférieure \(ABCD\) ?
Exemple 4 — Barrage de Bagré

On place l'origine en \(A\) avec \(\vec{i}=\overrightarrow{AB}\), \(\vec{j}=\overrightarrow{AD}\), \(\vec{k}=\overrightarrow{AA'}\).

Coordonnées : \(A(0,0,0)\), \(B(8,0,0)\), \(C(8,5,0)\), \(D(0,5,0)\), et \(A'(0,0,12)\), \(B'(8,0,12)\), \(C'(8,5,12)\), \(D'(0,5,12)\).


a) Arêtes parallèles à \(AA'\) :

\(BB'\), \(CC'\) et \(DD'\) — les quatre arêtes verticales du parallélépipède sont toutes parallèles entre elles.


b) Arêtes gauches par rapport à \(AB\) :

Les arêtes qui ne sont pas parallèles à \(AB\) et ne le coupent pas : \(A'D'\), \(B'C'\), \(AD\), \(BC\) (arêtes horizontales perpendiculaires) et \(AA'\), \(BB'\), \(CC'\), \(DD'\) (arêtes verticales).


c) \(AC' \perp BD\) :

\(\overrightarrow{AC'} = \binom{8}{5}_{12} = 8\vec{i}+5\vec{j}+12\vec{k}\)

\(\overrightarrow{BD} = \overrightarrow{AD}-\overrightarrow{AB} = (0,5,0)-(8,0,0) = (-8,5,0)\)

\(\overrightarrow{AC'}\cdot\overrightarrow{BD} = 8\times(-8)+5\times5+12\times0 = -64+25+0 = -39 \neq 0\)

Ils ne sont pas perpendiculaires dans ce cas général. En revanche, dans un cube (\(a=b=c\)) : \(\overrightarrow{AC'}\cdot\overrightarrow{BD}= -a^2+a^2+0=0\) ✓ — les grandes diagonales d'un cube sont perpendiculaires.


d) Longueur de la grande diagonale :

\(AC' = \sqrt{8^2+5^2+12^2} = \sqrt{64+25+144} = \sqrt{233} \approx 15{,}26\) m


e) Angle avec la face inférieure :

La projection de \(C'\) sur \(ABCD\) est \(C(8,5,0)\). L'angle est celui du triangle \(ACC'\) rectangle en \(C\) :

\(\tan\alpha = \frac{CC'}{AC} = \frac{12}{\sqrt{64+25}} = \frac{12}{\sqrt{89}} \approx \frac{12}{9{,}43} \approx 1{,}272\)

\(\alpha = \arctan(1{,}272) \approx 51{,}8°\)

Diagonale \(AC' \approx 15{,}26\) m  |  Angle avec la base \(\approx 51{,}8°\)  |  Diagonales d'un cube se croisent à 90°

✏️ Exercices d'application

Exercice 1 — Positions relatives dans un tétraèdre régulier

Un tétraèdre régulier \(ABCD\) a quatre faces triangulaires équilatérales. \(M\) est le milieu de \([AB]\) et \(N\) est le milieu de \([CD]\).

  • a) Quelle est la position relative des droites \(AB\) et \(CD\) ? Justifier.
  • b) Quelle est la position relative de la droite \(MN\) avec chacun des segments \(AB\) et \(CD\) ?
  • c) Combien de paires d'arêtes gauches y a-t-il dans un tétraèdre ? (Il y a 6 arêtes.)
a) \(AB\) et \(CD\) : pas de sommet commun → pas sécantes. Dans un tétraèdre régulier, les directions de \(AB\) et \(CD\) ne sont pas parallèles (on peut le vérifier par des vecteurs). Donc droites gauches.

b) \(MN\) est perpendiculaire à \(AB\) (dans un tétraèdre régulier, la droite reliant les milieux de deux arêtes gauches est perpendiculaire à chacune d'elles — c'est la distance minimale entre les deux droites gauches). \(MN\) est la distance commune perpendiculaire de \(AB\) et \(CD\).

c) Un tétraèdre a 4 sommets et \(\binom{4}{2}=6\) arêtes. Les paires d'arêtes gauches sont les paires qui ne partagent pas de sommet. On a : \(AB/CD\), \(AC/BD\), \(AD/BC\) — exactement 3 paires d'arêtes gauches.
Exercice 2 — Parallélisme de plans dans une pyramide

Une pyramide à base carrée \(ABCDS\) a pour sommet \(S\) et pour base le carré \(ABCD\). \(E\) et \(F\) sont les milieux de \([SA]\) et \([SB]\) respectivement.

  • a) Montrer que \(EF \parallel AB\).
  • b) Trouver une deuxième droite dans le plan \((EFG)\) (où \(G\) est le milieu de \([SC]\)) parallèle à une droite de la base, de façon à prouver que le plan \((EFG)\) est parallèle à la base \((ABCD)\).
  • c) Quelle est l'intersection du plan \((SEF)\) avec la base \((ABCD)\) ?
a) Dans le triangle \(SAB\), \(E\) et \(F\) sont les milieux de \([SA]\) et \([SB]\). Par le théorème des milieux : \(EF \parallel AB\) et \(EF = \frac{AB}{2}\). ✓

b) Soit \(G\) milieu de \([SC]\). Dans le triangle \(SBC\) : \(FG \parallel BC\). Donc le plan \((EFG)\) contient \(EF \parallel AB\) et \(FG \parallel BC\). Or \(AB\) et \(BC\) sont deux droites sécantes de la base. Par le Théorème 3, \((EFG) \parallel (ABCD)\). ✓

c) Le plan \((SEF)\) contient le sommet \(S\) et les milieux de \([SA]\) et \([SB]\). Il contient donc le segment \(AB\) par construction (triangle \(SAB\)). Donc son intersection avec la base est la droite \(AB\).
Exercice 3 — Perpendicularité dans un cube

Dans le cube \(ABCDA'B'C'D'\) de côté \(a\) :

  • a) Montrer que la grande diagonale \(AC'\) est perpendiculaire à la diagonale \(A'C\) de la face \(A'B'C'D'\).
  • b) La grande diagonale \(AC'\) est-elle perpendiculaire à la face \(ABB'A'\) ? Justifier.
  • c) Calculer l'angle entre la grande diagonale \(AC'\) et la face inférieure \(ABCD\) du cube.
Repère : \(A=(0,0,0)\), \(B=(a,0,0)\), \(C=(a,a,0)\), \(D=(0,a,0)\), \(A'=(0,0,a)\), \(C'=(a,a,a)\).

a) \(\overrightarrow{AC'}=(a,a,a)\) et \(\overrightarrow{A'C}=(a,a,-a)\).
\(\overrightarrow{AC'}\cdot\overrightarrow{A'C}=a^2+a^2-a^2=a^2\neq0\). Pas perpendiculaires.
Mais \(\overrightarrow{AC'}\cdot\overrightarrow{BD}=(-a^2+a^2+0)=0\) : \(AC'\perp BD\) ✓

b) La face \(ABB'A'\) a pour vecteurs normaux ceux perpendiculaires à \(\overrightarrow{AB}=(a,0,0)\) et \(\overrightarrow{AA'}=(0,0,a)\), donc normaux de la forme \((0,b,0)\). \(\overrightarrow{AC'}=(a,a,a)\) n'est pas de cette forme → \(AC'\) n'est pas perpendiculaire à cette face.

c) La projection de \(C'\) sur \(ABCD\) est \(C(a,a,0)\). \(AC=a\sqrt{2}\). \(\tan\alpha=\frac{CC'}{AC}=\frac{a}{a\sqrt{2}}=\frac{1}{\sqrt{2}}\). \(\alpha=\arctan\frac{1}{\sqrt{2}}\approx35{,}26°\).
Exercice 4 — Toiture d'un grenier à mil du Centre-Nord

Un grenier à mil traditionnel du Centre-Nord burkinabè a une toiture pyramidale. La base est un carré \(ABCD\) de côté \(4\) m. Le sommet \(S\) est directement au-dessus du centre \(O\) de la base, à \(3\) m de hauteur.

  • a) Quelle est la position de \(SO\) par rapport à la base \(ABCD\) ?
  • b) Calculer la longueur de l'arête latérale \(SA\).
  • c) Calculer l'angle que fait la face \(SAB\) avec la base \(ABCD\). (Indication : trouver la hauteur de la face \(SAB\) depuis \(S\) jusqu'à \(AB\), et son pied sur \(AB\).)
  • d) Montrer que les plans \((SAC)\) et \((SBD)\) sont perpendiculaires.
Repère : \(O=(0,0,0)\), \(A=(-2,-2,0)\), \(B=(2,-2,0)\), \(C=(2,2,0)\), \(D=(-2,2,0)\), \(S=(0,0,3)\).

a) \(SO\) est vertical et \(ABCD\) est horizontal → \(SO\perp ABCD\) (par construction de la pyramide droite). ✓

b) \(SA=\sqrt{4+4+9}=\sqrt{17}\approx4{,}12\) m.

c) Le milieu de \([AB]\) est \(M=(0,-2,0)\). \(SM\perp AB\) (la pyramide est droite et \(AB\) est un côté du carré). \(SM=\sqrt{0+4+9}=\sqrt{13}\). \(OM=2\). L'angle entre \((SAB)\) et \((ABCD)\) est l'angle \(\widehat{SMO}\) : \(\tan\theta=\frac{SO}{OM}=\frac{3}{2}\implies\theta=\arctan(1{,}5)\approx56{,}3°\).

d) \(\overrightarrow{AC}=(4,4,0)\) et \(\overrightarrow{BD}=(-4,4,0)\). Le plan \((SAC)\) a pour vecteurs directeurs \(\overrightarrow{SA}=(-2,-2,-3)\) et \(\overrightarrow{AC}=(4,4,0)\). Son vecteur normal est \(\overrightarrow{SA}\times\overrightarrow{AC}\propto(0\times(-3)-(-3)\times4,\ (-3)\times4-(-2)\times0,\ (-2)\times4-(-2)\times4)=(12,-12,0)\propto(1,-1,0)\). De même le plan \((SBD)\) a normal \(\propto(1,1,0)\). Produit scalaire : \(1\times1+(-1)\times1=0\) → plans perpendiculaires ✓.
Exercice 5 — Câbles du barrage du Sourou ⭐

Sur le barrage du Sourou, deux câbles de stabilisation sont modélisés dans un repère par les droites :

  • Câble 1 : passe par \(P(0,0,0)\) et \(Q(2,1,3)\)
  • Câble 2 : passe par \(R(1,3,1)\) et \(S(3,4,4)\)
  • a) Calculer les vecteurs directeurs \(\overrightarrow{PQ}\) et \(\overrightarrow{RS}\).
  • b) Les câbles sont-ils parallèles ? Justifier.
  • c) Y a-t-il un point d'intersection ? (Poser le système et discuter.)
  • d) Conclure sur la position relative des deux câbles.
a) \(\overrightarrow{PQ}=(2,1,3)\) et \(\overrightarrow{RS}=(2,1,3)\).

b) Les vecteurs directeurs sont identiques → les droites sont parallèles (ou confondues).

c) Si confondues, \(R\) serait sur la droite \(PQ\). Paramétration de \((PQ)\) : \((2t,t,3t)\). Pour \(R=(1,3,1)\) : \(t=1/2\) (depuis \(x\)), \(t=3\) (depuis \(y\)) — contradiction. Donc \(R\notin(PQ)\), pas de point d'intersection.

d) Les câbles sont parallèles et distincts — ils ne se croisent jamais, c'est une configuration stable.
mascotte

À retenir

  • Trois points non alignés déterminent un unique plan (Axiome 1).
  • Deux droites dans l'espace : confondues, sécantes, parallèles ou gauches (la nouveauté !). Gauches = ni parallèles, ni coplanaires.
  • Droite-plan : incluse, sécante ou parallèle. Critère : \((d)\parallel(\mathscr{P})\) ssi \((d)\parallel\) une droite de \((\mathscr{P})\).
  • Deux plans : confondus, sécants (intersection = droite) ou parallèles.
  • Plans parallèles : coupés par un troisième plan → droites d'intersection parallèles (Thm 2).
  • \((d)\perp(\mathscr{P})\) : il suffit que \((d)\) soit \(\perp\) à deux droites sécantes de \((\mathscr{P})\) (Thm 4).
  • Deux droites \(\perp\) au même plan sont parallèles entre elles.
  • Angle droite-plan : angle entre la droite et sa projection orthogonale sur le plan.

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